Grève reconductible dans les écoles du XVIIIe de Paris
------------------------------------
Depuis jeudi 15, des instits du XVIIIème, de plus en plus nombreux, se sont engagés dans une grève reconductible. Vendredi matin, nous étions 11, mardi 20 mai 59, dont certains collègues du XIX et XX ème qui ont rejoint notre AG. D'autres académies sont également en mouvement, notamment en Loire Atlantique et dans le 86, mais nous avons le plus grand mal à nous fédérer et à étendre le mouvement, y compris aux autres arrondissements de Paris en l'absence d'un appel des syndicats ( en dehors de Sud et de la CNT).
Nous exigeons:
- le retrait du projet des nouveaux programmes: Les nouvelles instructions officielles appellent à une pédagogie basée sur la répétition et valorisent l'entrainement, au détriment d'activités de recherche , de réfléxion. Contrairement à ce qui est annoncé, la culture y devient minoritaire (par exemple, 5 livres lus dans l'année en CM2 au lieu de 10 dans les IO 2002), et l'accent est mis sur l'apprentissage (précoce) et la répétition d'activités mécaniques (techniques opératoires et formules mathématiques)
- le retrait du projet d'annualisation des heures du samedi matin: Plus de classe pour tous le samedi matin, malgré des programmes alourdis dans leurs contenus. Ces heures devront être consacrées à des heures de soutien après le temps scolaire.
- le retrait des stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires: tandis que les postes de Rased (réseau d'aide spécialisée) tendent à disparaitre, les élèves sont livrés à eux-mêmes en classe, la difficulté scolaire est traitée en dehors du temps scolaire.
- Le retrait du système de fichage "base élèves": un système informatisé déjà mis en place dans certaines académies pilotes qui recense des informations personnelles sur tous les élèves, ainsi que des informations relatives à leur niveau scolaire et à leur comportement.
- le retrait de la publication sur internet des évaluations nationales: les évaluations nationales auront désormais lieu en milieu d'année de CE1 et CM2, non plus en début d'année pour aider le maître à prévoir des remédiations aux difficultés de ses élèves, mais dans le seul but de créer une concurrence entre écoles, à l'heure où la carte scolaire disparait et où la notation des professeurs au résultat apparaît.
Pour nous soutenir, nous rejoindre, se fédérer :
Rendez-vous vendredi 23 mai pour une "manif de droite" devant le Fouquet's à 18h00
Samedi 24 mai pour une manifestation au métro Luxembourg
Rachel Vrain, instit. dans le XVIII
Commentaires
Rachel V Education nationale : les dérives du
Rachel V
Education nationale : les dérives du chiffre
http://contrejournal.blogs.liberation.fr/mon_weblog/2008/05/education-na...
«De quel droit le ministère de l’éducation fait-il remplir ces fiches qui interrogent sur la nationalité, les conditions de vie à la maison, sous prétexte d’évaluations pédagogiques?» s'indigne une parent d'élève. Questionnaires diffusés aux élèves et aux parents dans les Pyrénées atlantiques, injonctions chiffrés de l’académie de Besançon concernant les redoublements. Alors que les enseignants comptent les suppressions de poste à la rentrée prochaine, le ministère de l’Education ne renonce pas à ses objectifs statistiques.
Mapi. «A l’école primaire de Monein, charmant petit village du Béarn, sont arrivés, dans un gros carton, les “évaluations expérimentales CM2”. Rien que de très normal, sauf que, premier point surprenant, les dits documents, une fois complétés par les élèves, doivent être retournés directement au ministère, sans que les parents n’en prennent connaissance. Et pour cause! Si les trois premières parties sont anodines, la partie 4 réserve bien des surprises avec des questions comme: "Es- tu né en Frace?" "Ta mère est née en France?" "Ton père est né en France?" "Quelle langue parles tu à la maison?" "Qui vit avec toi à la maison? (ta mère ou une autre femme tenant le rôle de ta mère)". Viennent ensuite les questions concernant les devoirs à la maison: "A la maison j’ai vraiment l’impression de perdre mon temps", "Je fais mes devoirs parce que j’aurais une mauvaise image de moi si je ne travaillais pas". Bref, onze pages de questions qui n’ont rien à voir avec la pédagogie. Quel est le but de ce questionnaire? De quel droit le ministère de l’éducation fait-il remplir ces fiches qui interrogent sur la nationalité, les conditions de vie à la maison, sous prétexte d’évaluations pédagogiques? Ceci n’est pas sans rappeler “base élève”. Sans l’attitude courageuse et civique des enseignants de notre école (qui ont alerté les parents), cette opération se serait déroulée dans le plus grand secret. Cette expérimentation va toucher d’autres écoles!
Nous avons eu un bon relais dans la presse et les radios locales et ce questionnaire a bien circulé entre les mains de parents d’autres communes de notre département (64). Face à ce tollé, la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) a envoyé un mail aux écoles en leur demandant de ne pas compléter la partie 4 du questionnaire. C’est une petite victoire mais nous n’en avons pas fini, puisque qu’un deuxième questionnaire est en cours pour les élèves de 6ème : “le panel des 35000”. Là c’est les parents qui répondent (18 pages de questions!). C’est un véritable questionnaire des RG avec des questions du type: A quelle heure rentrez-vous du travail? A quelle langue parlez vous à votre enfant? Quelle est votre nationalité? Quel est le montant mensuel dont dispose votre famille pour un mois ordinaire? Il n’y a que 10 questions qui concernent la pédagogie! Le plus fort se trouve dans la première page : Un questionnaire reconnu d’intérêt général et de qualité statistique et donc obligatoire! Si les parents ne répondent pas c’est 300 euros d’amende! Comme le questionnaire précédent, il est mis en place en catimini.»
Mathias. «Jusqu’à maintenant, les consignes de limiter le nombre de redoublement n’étaient faites qu’oralement (en donnant un chiffre maximum par classe) ou consistaient pour certains à dire aux enseignants d’éviter les commissions d’appel et d’essayer de convaincre les parents d’accepter une réorientation en BEP plutôt qu’un redoublement. Enseignant, j’ai reçu par l’intermédiaire d’un collègue la note adressée par l’inspecteur d’académie au principal de son établissement à Besançon. Que dit l’inspection?
“Conformément aux objectifs qui vous ont été assignés à votre arrivée au collège, je vous demande expressément de bien vouloir corriger dès cette année scolaire les taux de redoublement. Il est hors de question que ce taux pour les élèves de 6ème soit près du double du taux départemental observé en juin 2007 (9,6% contre 5,7%). Je vous enjoins d’user de votre pouvoir décisionnel pour faire en sorte qu’à l’issue de cette années scolaire, il redescende pour le moins à 7%. Le taux de redoublement en fin de 4ème est plus de quatre fois supérieur au taux départemental. Il ne dépassera pas 10% pour la présente année. Enfin le taux de passage des élèves de 3ème en 2ème général et technologique est de 48,1% alors que celui du département est de 60,6%. Ce taux atteindra obligatoirement pour le moins 55%. Je précise si besoin était que ces minima constituent une injonction de l’inspecteur d’académie qui s’applique à tous les personnels de votre établissement”.
Ce document, par son ton, montre que l’on est passé à un degré supérieur dans les consignes. Un journal du soir comparait l’éducation nationale à l’armée rouge, il sera sûrement satisfait de voir que le vision bureaucratique et comptable est partagée par la hiérarchie (le recteur d’académie et son inspecteur). On a l’impression que dans cette école du respect, les responsables de l’académie de Besançon ne parlent pas d’êtres humains, mais d’objets statistiques. C’est insultant pour les élèves, les parents d’élèves et les enseignants qui font un travail non reconnu long et fastidieux de correction de copies. Seule une vision comptable de l’enseignement, ici le coût du redoublement, peut expliquer une telle dérive.
Cette note montre que l’on ment aux élèves en leur faisant croire qu’ils ont le niveau pour passer en classe supérieure. On ment également aux parents, car on repousse l’échec aux classes supérieures du collège ou en seconde au lycée. On alimente la spirale de l’échec en laissant les lacunes s’accumuler. Les professeurs se retrouvent ainsi avec des élèves qui n’ont pas le niveau en seconde générale sans pouvoir les aider tant les lacunes sont importantes. On assiste actuellement dans de nombreuses classes de seconde à des redoublements ou des réorientations atteignant 10 sur des effectifs de 32. Par la suite les parents tenteront de prendre des cours particuliers payants pour leurs enfants, ce qui permettra au mieux de limiter les dégâts. La responsabilités des échecs retombera bien entendu sur les enseignants véritables bouc émissaires des décisions prises par l’académie et par le ministère. Nous assumons tous les jours nos responsabilités devant les élèves, il serait bon que les auteurs de cette note assument également les leurs devant l’opinion publique».
Réalisé par KARL LASKE
Rachel V Un article qui ne fait pas l'unanimité
Rachel V
Un article qui ne fait pas l'unanimité au sein du mouvement dans ce qu'il propose, mais au moins dans ce qu'il dénonce:
Un Munich pédagogique, par Antoine Prost
LE MONDE | 28.05.08 | 14h17 o Mis à jour le 28.05.08 | 14h17
Une catastrophe est en marche, plus grave que les nouveaux programmes de l'école primaire ou les suppressions de postes qu'on dénonce dans la presse ou dans la rue. Il sera facile, en effet, de revenir sur ces mesures.La suppression de deux heures de classe dans l'enseignement primaire et la semaine de quatre jours risquent au contraire d'être irréversibles. Et personne ne dit rien ou presque. Le forfait s'accomplit dans l'indifférence générale. Munich s'était accompagné d'un 'lâche soulagement'. Ce lâche consentement, lui aussi, annonce une débâcle.
Les comparaisons internationales nous montrent en mauvaise position et 10 % à 15 % des élèves qui entrent en 6e sont incapables de suivre. Et qu'est-ce qu'on fait ? On réduit la durée de l'enseignement ! A qui fera-t-on croire qu'il est possible d'apprendre mieux et plus en travaillant moins ? Même le ministre n'a pas osé dire du bien de cette mesure que lui a imposée - dit-on - un président qui n'a décidément pas besoin de réfléchir pour décider.
M. Darcos s'est borné à dire que nous restions 'bien au-dessus de la moyenne des pays qui obtiennent les meilleures performances'. Mais s'ils réussissent, c'est parce qu'ils répartissent les heures de classe dans toute la semaine. Vingt-quatre heures sur six jours sont beaucoup plus efficaces que sur quatre : tout le monde le sait. Du professeur Debré au docteur Hubert Montagner, les médecins ont répété que six heures de classe pour des enfants de moins de 8 ans, c'est trop pour être efficace.
Avec trente-six semaines de quatre jours, l'Ascension, le lundi de Pentecôte, le 1er et le 8 mai, le 11 novembre, cela fera moins de 140 jours de classe par an. Il y en a 210 au Japon, 200 en Italie et au Danemark, 188 en Finlande, 190 en Grande-Bretagne. Et l'on se plaint du niveau des petits Français ? Il n'y a qu'une chose vraiment importante en éducation : c'est le travail des élèves. Sur quel miracle, sur quelle potion magique, M. Darcos compte-t-il pour compenser les amputations qu'il décrète ?
Tout le monde le sait, mais personne ne dit rien. Où sont les défenseurs du niveau, si prompts à dénoncer toute innovation pédagogique ? La vague promesse d'un retour aux bonnes vieilles méthodes les rassure : elles ont fait leurs preuves, disent-ils. Mais à raison de trente heures par semaine, sans compter les heures supplémentaires prodiguées à la veille du certificat d'études. Croient-ils par hasard qu'elles seront aussi efficaces à raison de vingt-quatre heures ?
Avec un cinquième de temps en moins, il leur faudrait un an de plus. Et qu'on ne nous raconte pas qu'on va se concentrer sur les 'fondamentaux' , alors qu'on ajoute encore des matières. Et les parents d'élèves ? Ce sont les premiers intéressés. Trop contents de disposer du samedi matin, ils se sont bornés à des protestations de principe. Mais on pouvait leur donner cette matinée en prenant celle du mercredi ; un tribunal administratif vient de statuer que c'était compatible avec le catéchisme.
On pouvait aussi généraliser ce qui avait été accepté dans les départements qui avaient adopté la semaine de quatre jours : raccourcir un peu les vacances. Pas du tout : on supprime ces journées supplémentaires. Les princes qui nous gouvernent ne sont pas mesquins... La preuve ? Cette mesure ne rapporte rien au budget ; c'est pur cadeau.
Et les enseignants ? Rendons-leur cette justice : ils n'ont rien demandé. Les institutrices sont les premières inquiètes. Elles qui font travailler les élèves - car la classe n'est pas un cours -, elles mesurent mieux que quiconque l'impossibilité de faire plus avec moins et elles savent qu'on les rendra responsables, demain, des échecs de l'école. Mais comment refuser un cadeau pareil ? Et pourtant, cette mesure compromet, plus que bien d'autres qui provoquent des grèves, l'enseignement de haut niveau et la qualité du service public que les syndicats prétendent défendre.
Le résultat de ces lâchetés et de ces hypocrisies est connu d'avance : le nombre des élèves incapables de suivre en 6e va augmenter. Je dénie à quiconque ne proteste pas aujourd'hui de toutes ses forces contre cette mesure le droit d'ouvrir demain la bouche pour déplorer cet échec majeur.
Ceux qui se prétendent démocrates et défenseurs du service public et ne dénoncent pas aujourd'hui cette entreprise de déconstruction sont des menteurs. Les parents informés des classes moyennes et supérieures sauront compenser, par des recours divers et payants, mais fiscalement avantageux, les insuffisances organisées de l'école publique. Les milieux populaires, eux, feront les frais de cette amputation.
Il ne faut pas se payer de mots. J'attends qu'on m'explique comment des programmes plus copieux contribuent au resserrement sur les fondamentaux, et comment on apprend plus et mieux en travaillant moins.
________________________________
Antoine Prostest historien de l'éducation
Le XVIII se bouge toujours, mais les instits
Le XVIII se bouge toujours, mais les instits s'essouflent un peu (greve reconductible, tournante ans la plupart des écoles mobilisées, depuis le 15 mai) et tentent de passer le relai aux parents d'élèves pour des occupations de bureaux des directeurs, ou des journées "école morte".
D'autres arrondissements nous ont rejoints, notamment le XX, mais la mobilisation est un peu laborieuse.
Du côté des syndicats , le SNUIPP, en tout cas, rien de nouveau. suite à une AG intersyndicale, les syndicats ont proposé de continuer le mouvement avec des greves ponctuelles, mais pas reconductibles. Résultat, jeudi dernier, une manif qui a réuni 200 personnes à PAris!!!!
L'inspecteur d'académie a demandé à tous les directeurs (qui ne sont en aucun cas nos chefs d'établissement ou nos supérieurs hierarchiques) de lui communiquer les noms des grévistes, sous peine d'une révision potentielle de leurs fonctions de direction. C'est totalement illégal, mais encor une fois, le SNUIPP a répondu absent, refusant de s'impliquer dans une mobilisation qui concerne si peu de monde.
LE grand soir, c'est donc pas pour tout de suite, mais on continue....
RENDEZ VOUS pour une manif dans le XVIII à 16H30 au départ de l'église Saint Bernard ou de MArx Dormoy, les différents cortèges se retrouveront devant la mairie du XVIII.