CR de la réunion du 31 mai

 

Nous étions une petite vingtaine ( ??) samedi après midi chez Lucille et Boris pour discuter de la question du Parti et de ses stratégies (en préparation réunion publique du 5 juin à l’Archipel). 2 introductions (une « LCR-NPA », l’autre « inorganisé-NPA ») par thématiques puis discussion libre. Sylvain préside la séance.

I /Parti ou front ?


Josiane (« inorganisé LCR ») a introduit le premier thème autour de la question « pourquoi un parti ? » en soulignant le fait que la structuration de la dynamique était une des clefs de sa réussite. En rappelant que le terme, souvent synonyme « d’exclusion », de « monolithisme » peut faire peur, la forme parti a été opposé à celle du front de lutte, qui pour être efficace dans les luttes, apparaît moins opérante aux moments cruciaux (exple des « comités Juquin » qui ont bien fonctionné en pré-campagne mais qui n’ont su imposer leurs choix au moment de la course aux postes).
Un parti pour avoir une idéologie conséquente, forger un outil pour faire converger les luttes. Un parti pour contrer l’hégémonie du PS.

Sylvain (« LCR-NPA ») a enfoncé le clou en opposant la forme parti à la théorie la Multitude portée par Négri, Boutang, ou à la théorie d’Halloway, qui développe, en très gros, l’idée qu’il est possible de changer le monde sans prendre le pouvoir, en agissant en périphérie pour délaisser le centre. Outre la critique qui consiste à opposer à la Multitude que le pouvoir finit toujours par réprimer une périphérie devenue menaçante (en raison même de son dédain affiché du pouvoir), Sylvain a développé l’idée selon laquelle cette approche brouille la notion de classe. Par opposition, un parti permet de faire converger les luttes, leur assure une cohérente et permet la conservation, l’interrogation d’une mémoire de ces luttes. Il faut un parti, car en face le pouvoir est organisé.
Un parti donc, mais « nouveau » : il ne s’agit pas de négliger les critiques adressées à la forme partie. Il faut donc se garder d’un centralisme excessif qui générerait une bureaucratie défendant ses intérêts propres. Par ailleurs, il faut veiller à ce que le parti ne reproduise pas en son sein  les dominations des hommes, des blancs, des intellos, des hétérosexuels.
Une vigilance constante est donc nécessaires. Des dispositions statutaires peuvent limiter ces dérives (cf SUD) mais ne constituent pas seules des garanties. Pour autant, il faudra mettre en place

  • La rotation des dirigeants
  • La formation des militants
  • Reconnaître le droit de tendance
  • Avoir des lieux démocratiques d’expression publique
  • Minimiser les risques de personnalisation

Quelques questions à discuter :

  • De quel niveau de fédéralisme se doter ? des commissions thématiques (écologie, féminisme, LGBT…), géographiques et sectorielles coordonnées par une structure centrale.
  • Quelle assise sociologique ?

L’objectif : créer un nouveau parti de masse en gagnant les suffrages populaires que captent encore le PS, tout en préservant un parti de militant défendant des revendications subversives pour le système capitaliste (cf LCR qui a obtenu gratuité transports pour chômeurs à Toulouse). Ce qui suppose de proposer des rythmes différents, sans doute différents niveaux d’adhésion.

DISCUSSION

Alexis : D’accord avec présentation générale mais instance sur l’objectif : prendre le pouvoir. Car dans ce contexte de droitisation du PS, dans quelques années c’est possible. Il nous faut un parti pour changer la société. D’où l’importance d’avoir dès maintenant un débat sur la stratégie et les tactiques.

Guillaume: consensus sur l’objectif, mais il faudra être très vigilant quant au fonctionnement démocratique du NPA.

Clément : on a d’abord besoin d’un parti pour s’opposer aux attaques. Un parti n’a pas nécessairement vocation à prendre le pouvoir : dans les institutions actuelles, le NPA ne sera jamais majoritaire (cf débat lors candidature unitaire : on était d’accord sur les revendications, mais certains pensaient qu’un gouvernement aujourd’hui pourrait appliquer nos réformes, et étaient donc sensibles à la possibilité de s’allier avec la gauche gouvernementale). Enfin, « Parti » s’oppose aussi  à « Réseau », voir l’échec de la candidature Bové, où la GA pensait que le niveau d’éducation générale, d’autodiscipline, l’outil internet suffirait à se passer d’une organisation de type parti. 

Fanny : par bureaucratie, il faut entendre une couche sociale distincte des classes populaires, ceux qui dirigent le parti et qui ont des intérêts matériels différents de la classe qu’ils sont censés défendre. Les directions du PCF, de la CGT, la CFDT… sont bureaucratiques : elles n’ont qu’un but, apparaître comme les interlocuteurs privilégiés du gouvernement. Mais disposer de permanents, d’une organisation, n’est pas synonyme de bureaucratie (cf LCR aujourd’hui).
Il faut aussi intégrer des éléments du réseau dans le parti (commissions féministes, écologies, international, LGBT…) : ce n’est pas « réseau contre parti » car le parti peut intégrer le réseau, pas l’inverse.

 Eric : le Parti c’est un rassemblement permanent de gens motivés et compétents, de matériel : c’est un « appareil ». et le NPA aura un appareil. Ce qui singularise notre parti, c’est une grille d’analyse, un programme, une mémoire. Le parti est candidat au pouvoir, mais pas pour son propre compte : pour celui des travailleurs. C’est un rapport au pouvoir différent des partis institutionnels.
Sur la question du parti militant : qui est membre, à quelle condition ? cf la fête de l’Huma où les JC enrôlaient à tour de bras, alors que les apparatchiks avaient leurs places réservées devant la grande scène. Qui cotise décide.
Pourquoi un nouveau parti ? pour disputer les votes populaires au PS n’est pas une réponse suffisante : LO, PC… les représentent aussi.
Quel objectif ? remplacer le rôle du PCF durant les 30 glorieuses, qui socialisait la classe ouvrière du berceau à la mort.

Fanny : le NPA doit s’inspirer de ces éléments positifs du PCF de la grande époque, cette « contre société ». Il faut gagner une hégémonie alternative : la lutte idéologique est à mener au travers d’une large socialisation. La différence, c’est que le NPA ne doit pas vassaliser mais intégrer les mouvements sociaux.

Sylvain : abonde dans ce sens : le NPA doit reforger une conscience de classe (de ce point de vue, sans fétichisme parlementaire, avoir des députés est très utile). Pour cela, il faut mobiliser tous les militants politiques, associatifs et syndicalistes, en se défiant du « tout est politique » des années 70, qui revenait souvent à subordonner les mouvements sociaux au PC.

Clément : le NPA sera présent dans les luttes, mais nous y seront en tant que militants de ces luttes, par opposition au PC qui décidait en CC de l’orientation des mouvements sociaux.

Josiane : dans les années 70, le PCF avait réussi a gagné une partie de la jeunesse avec laquelle il était en phase culturellement, musicalement notamment. Comment gagner la jeunesse, notamment celle des quartiers qui s’est inscrite en masse sur les listes électorales il y a deux ans ?
Quant à la parité : essentielle, mais ne pas se faire imposer la règle, il faut que cela soit vivant : ne pas mettre une femme à tel poste sous prétexte que c’est une femme, mais parce qu’elle a réellement quelque chose à y apporter. Reste qu’en l’état, sans ce souci, cette « règle », souvent les femmes restent souvent dans l’ombre.

Antoine : les questions qui se sont posées à tous les grands partis socialistes ou communistes européens se poseront au NPA, notamment celle du « être le parti du tout ou rien ». Etre le parti des travailleurs, c’est se préparer à l’idée qu’il y aura des tensions entre des intérêts en partie contradictoires (exple de la gestion des grands ensemble par les mairies PCF : les travailleurs statutaires, « clients » du PC, refusant perte de standing lors de l’arrivée, encouragée par les mairies de droite, de travailleurs moins qualifiés…). 

Eric : gardons nous d’idéaliser la « contre société » PCF, qui était, aussi, raciste, machiste… Le NPA sera dans la société actuelle, dont il reproduira un certains nombres de travers. Une « contre société » parfaite, étanche, s’appelle une secte. Il faut que le NPA porte des valeurs (antiracisme, féminisme…) mais aussi des formes culturelles actuelles (cf l’absence de rap à la fête de LO). Une de nos chances est que les classes populaires se reconnaissent dans Besancenot, comme jadis imagerie, fausse en grande partie, du « Duclos, prolo » fonctionnait à plein.
En écho à Antoine : être un parti révolutionnaire, c’est incarner les intérêts généraux de la classe laborieuse.

Guillaume : au sujet du travail à mener auprès des classes populaires : il faut renverser la perspective. Non pas se demander « comment leur parler, avec quelle grille idéologique les approcher », mais d’abord les écouter.

Fanny : il faut se réapproprier le vocabulaire : « communisme, socialisme, appareil, idéologie… ». Ils sont certes chargés d’histoire, souvent terribles, mais nous devons être lucides et cesser d’être frileux. 

II/ Alliance / stratégies / positionnement

Clément (« LCR-NPA ») : point essentiel : quelle indépendance par rapport au reste de la gauche et des institutions ? (au regard des récentes expériences, PC, Comité unitaire antilibéral, tribune du monde par Autain et Onfray, et l’appel de Politis).
La ligne de clivage, le positionnement du NPA dans le champ politique actuel, ne peut se définir à partir des références au passé (eurocommunisme, trotskisme…). Il s’agit d’une nouvelle délimitation. Il s’agit d’une recomposition : les votes ne s’expliquent par ces filiations historiques doctrinaires, pas plus qu’elles ne sont le gage d’une adhésion dans les luttes.
Le même, la ligne de clivage ne passe pas par les revendications immédiates que nous pourrons proposer. Il est toujours possibles de se disputer, mais en gros les alternatifs, le PC, LO, la gauche du PS, la LCR, bref « la Gauche anti libérale, portent les mêmes. C’est donc la question de l’indépendance vis à vis du PS qui nous définit le mieux.
Besancenot plait non comme un marxiste, un guevariste… mais comme un travailleur, un homme de la gauche qui refuse le réalisme du PS.
La voie réformiste classique (celle qui a permis l’Etat providence attaqué de toutes parts aujourd’hui) est insuffisante. On ne pourra aller au bout sans refondre le système. Or, la droitisation du PS ne nous dégage pas seule un boulevard : nos institutions favorisent le bipartisme et notre système démocratique évolue très rapidement en ce sens. Dans ces conditions, être influent dans les institutions suppose de s’entendre avec le PS. Etre un réformiste conséquent (de ceux qui ont construit l’Etat providence pour faire vite) n’est plus possible dans le cadre actuel.
De ce point de vue, rapport au PS et aux institutions, l’appel de Politis et celui d’Autain, ne sont pas clairs.
Toutes les alliances sont possibles à conditions d’être menées sur des bases stratégiques claires (pas « d’union pour l’union »).
Enfin, en réponse à « NPA = LCR élargie », rappelons que la dynamique actuelle excède déjà largement le cadre de la Ligue.

Jordane (« inorganisé NPA ») :  un parti révolutionnaire c’est avoir une stratégie pour prendre le pouvoir. Se garder des « modèles » en la matière, rien n’est transposable. Cette révolution sera démocratique et majoritaire. On a évoqué longuement la nécessité de socialiser largement en dehors du parti. Il faudra des élus aussi, c’est important pour « faire la classe ». Le parti a donc vocation à briguer des mandats, pour pouvoir se battre à élargir les droits collectifs (droit travail, sécu, santé, logement…) et individuels (étrangers, femmes, LGBT... ; contre le tout sécuritaire) . Mais on n’aura jamais la majorité dans les institutions. Il faudra les dépasser le cadre institutionnel de la Ve République. Ce qui veut dire avoir une action légale, acceptable pour le capitalisme d’une part, tout en veillant à ce que nos revendications portent un potentiel subversif  (exemple : développer l’économie sociale… qui est une forme de dépassement contradictoire du capitalisme) et, d’autre part, en soutenant des luttes extra légales, comme les occupations.
Les hypothèses stratégiques classiques en matière de prises de pouvoir ont été nombreuses. Guérilla, foyers rouges, grèves insurrectionnelles ou révolutionnaires … Nos régimes disposent de nombreux relais dans la société, qui sont, même si pas assez, démocratiques. La prise du pouvoir ne sera donc pas le fruit un coup de force (même si un processus révolutionnaire suscite toujours des réactions extrêmement violentes des tenants de l’ordre, mais nous n’en sommes pas à devoir envisager la lutte à mort de la commune contre les versaillais…). L’hypothèse de la grève générale reste donc d’actualité… à condition d’avoir un sérieux débat sur rôle des directions nationales de nos centrales syndicales et sur la manière de les contrer ou de les contourner.
Pour l’heure, la question essentielle reste celle de l’indépendance par rapport au PS et aux institutions. Sortir de l’union européenne, initier un processus constituant sont nécessaires pour refondre nos politiques publiques et étendre la socialisation de l’économie, de biens, comme de services.


DISCUSSION

Sylvain : sur le PS : le libéralisme va de pair avec le sécuritaire (cf livres de Vals et Delanoe). Le PS est un parti de classe moyenne (cf DSK).
Sur le PC : il contre attaque . Le mouvement des sans papiers, encadré par la CGT est pour eux l’occasion d’apparaître comme les seuls (les seuls que la CGT tolère) à soutenir les luttes. Le  PC n’était pas présent lors de la rencontre unitaire du direction fédérale 75 de la LCR. Ne pas négliger cette hostilité.

Edouard : Quelles alliances ? l’appel de Politis et le texte d’Autain dans le Monde ne tombent pas par hasard. La principale difficulté du NPA est le poids de la LCR. Tant que d’autres groupes ne nous rejoindront pas, on sera le parti des électeurs de Besancenot. Il faudra donc des alliances. La question ne se pose pas avec le PS… mais avec ceux qui viseraient les mêmes objectifs… ou non (exemple, appel de politis est signé par Gayssot, PC). Ça va clasher au PS, sans doute au PC. Il faut rester attentif.

Fanny : depuis 95 et le regain des luttes, la nécessité d’une grande force à gauche du PS se pose. Même si le NPA double le nombre de militants de la LCR, ce n’est pas suffisant. Le PS a peur, le PC se rebiffe, c’est signe que la mayonnaise prend. Il ne faut pas avoir de position de défiance vis-à-vis d’Autain ou du PT qui lance aussi un nouveau parti : disons leur « banco ! ». Il faut discuter avec eux, pas se braquer (cf : la GA est l’archétype du réseau, pourtant localement on peut s’entendre et se rapprocher peut être…).

Josiane : entendu lors des diffusions de tracts « vous agrégez des gens, des organisations différentes, vous allez dans le mur ». Il  faut une alliance cohérente, des lignes de distinctions claires. 

Pascale : de ce point de vue, il faut clarifier « collectivisation » dans l’appel nationale de la Ligue. 

Sylvain : il faut un parti large et pas une fédération d’extrême gauche (sinon on aura un conglomérat de trostko). Les réformistes conséquents ont leur place. On gagnera la Fraction de LO, des collectifs de la mouvance antilibérale. Ça se fait localement (cf Ballon Rouge à Marseille). 

Edouard : Si on veut rassembler la « gauche de la gauche », faut prendre en compte sérieusement ces appels (politis et Monde, qui peuvent être confondus) car des gens comme Mermet  touchent beaucoup de monde, notamment en province [Fanny plus tard : Autain par exemple, toute arriviste qu’elle est, inspire confiance à beaucoup de gens à gauche]. Il faut donc continuer à parler avec eux, ça fait parler de la dynamique. De toutes façons, on lance un peu du « creux » : on remplira le cadre ensuite. 

Clément : la question des buts ultimes ne pose pas vraiment question. « Union de l’extrême gauche » (terme à bannir) est un vain mot : LO s’allie avec le PS aux municipales. Faut pas les attendre. La question n’est pas d’être d’accord sur le rôle des soviets en 17 mais de savoir l’attitude à adopter par rapport au PS. L’appel d’Autain et celui de politis sont différents : ce dernier ne mentionne même pas le NPA et s’accommode de la signature de Gayssot alors que le PC cherche bien à plomber l’initiative [propos repris plus tard par Fanny]. 

Eric : on dit qu’il faut s’affranchir du poids du passé mais on condamne l’appel de politis en raison du rôle joué il y a 10 ans par un des signataires… faut savoir.
Faut repartir du contexte : sarkozy, le bipartisme. Deux périls mortels pour la classe ouvrière. L’appel de politis c’est de constituer un front permanent de lutte contre ce double danger. Et c’est le premier appel en ce sens depuis un an. Faut arrêter de chipoter sur les virgules (« guevaristes » ou  « héros anonymes du quotidien », « réaction conservatrice » ou « reformatage de la société »…). La question est comment disputer l’hégémonie du PS sur les votes des travailleurs. 

Guillaume : quelle propositions institutionnelles ? que garder, que changer ?

Sylvain : la LCR a peu avancé en la matière, (sinon livre de Ch Picquet, La République dans la tourmente ?)

Jordane : oui, faut être ouvert, et on l’a fait dans le 9-10 en signant ce tract sans papier avec la GA. Reste qu’il faut garder présent à l’esprit  vis à vis des autres orgas, dont certains membres se sont exprimés dans les appels du monde et de politis, qu’il y a une divergence fondamentale quant à la stratégie choisie : construire le NPA par en haut ou par en bas. Ce qu’a décidé la Ligue, parce que par en haut, ça fait des années que la question se pose et que les échecs s’accumulent. Enfin, même si je crois que le texte politis est dirigé contre l’initiative de la Ligue, seuls les militants de nos rangs peuvent avoir ce niveau de lecture, mais pour les moins avertis, peut être la dynamique NPA peut elle profiter de cette agitation. 

Boris : en réponse à Guillaume : il faut distinguer la fonction du préambule (Liberté, égalité, fraternité…) de l’organisation effective de la répartition des pouvoirs. La Ve république est un régime présidentiel, au détriment du rôle du Parlement.