Guide de Sortie du Mirage

GUIDE DE SORTIE DU MIRAGE 

 

 

Tous les grands médias qui font l’opinion et veillent, éminemment vigilants et sourcilleux, à ce qu’en France la liberté d’expression et la pluralité politique garantissent toujours la pérennité des valeurs de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, s’accordent sur ce point : Sarkozy est un type exceptionnel. Il n’est pas jusqu’à ses opposants les plus farouches qui ne lui reconnaissent au moins une virtuosité spécifiquement médiatique tenant du génie. Et quel besoin aurait-on d’une autre vertu pour être reconnu chef incontesté, dans la société du spectaculaire intégré ? Pour les derniers réfractaires, qui restent circonspects même sur cette qualité formidable de grand stratège de la communication, qui est après tout suffisamment célébrée chez leurs confrères moins extrémistes, la bouderie ne va quand même pas jusqu’à ne pas consacrer la quasi-totalité de leurs pages au grand homme, fût-ce pour brûler son effigie en des rites expiatoires fiévreusement socio-quelque chose. Et nous mêmes ici, ne sommes-nous pas en train de sacrifier au culte ?

Oui mais justement, tout ça pour dire que derrière la monopolisation du terrain visible par la personnalité en tous points remarquable, sinon admirable, de Sarkozy, il y a bien sûr tout autre chose. D’abord, passons sur la première évidence : « C’est le besoin qu’on a d’elle qui crée la star, c’est la misère du besoin. » C’est la vacuité des têtes médiatiques qui a trouvé sa nourriture idéale : un concentré de vacuité qui fait du bruit et des images, tout le temps. Et la vacuité des têtes médiatiques de journalistes, chroniqueurs, analystes, politologues et autres communicants, c’est la vacuité de « l’opposition » qui la garantit. Et la fuite des cerveaux socialistes vers l’idole Sarko, cerise sur le gâteau du phénomène, n’est que le résultat mécanique de l’absence de… socialisme. Okay, on avait compris. Mais allons un peu plus loin. Pourquoi cette monopolisation de tous les regards, de tous les téléobjectifs, de toutes les plumes, de toutes les théories, de toutes les compromissions, de tous les mécontentements, est-elle si nécessaire et profitable à Sarkozy ? S’il était vraiment ce machiavélique conspirateur, tirant intelligemment les ficelles d’un pouvoir quasi-régalien dont tous lui reprochent volontiers certains abus, ne rechercherait-il pas une position plus discrète, plus subtile, plus secrète ? Bien sûr, nous savons que Sarkozy lui-même est la première dupe de l’illusion d’optique. Sarkozy, contrairement à ce que prétendent de nombreuses têtes médiatiques, n’est pas un habile manipulateur cathodique, car il ne serait pas lui-même enivré par sa propre image, comme on le sent si souvent, mais Sarkozy n’est pas non plus un fou, un de ces grands malades qui font l’Histoire, comme l’affirment avec audace d’autres têtes tout aussi médiatiques, non, Sarkozy est un con. Un con comme n’importe quel autre con. Tout observateur un peu lucide remarque surtout justement l’inhabileté de son esbrouffe, l’immaturité de ses bourdes, le simplisme effarant, frisant l’idiotie, de sa publicité, la pauvreté intellectuelle de ses conseillers. Et que dire du sort fait à ses réformes, qui ne tiennent pas huit jours ? Un très pauvre con car enlevez lui tout ce barnum et il ne lui reste plus rien, pas même son épouse. Enlevez lui les médias, il n’a plus de pouvoir, enlevez lui le pouvoir, il n’a plus de consistance. Sarkozy est un con, soit, et heureusement pour lui il n’est pas le seul, mais il sait au moins que cela, il ne faut pas que ça se sache. Il est donc nécessaire pour lui de passer plutôt pour une sorte de salaud. Illusion et illusion d’illusion. Passons donc, enfin, au delà du "buzz" Sarkozy.

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Mais alors qu’y a-t-il donc derrière l’illusion d’illusion Sarkozy ? C’est ici qu’intervient l’élément « absence de socialisme ». Aucun des dirigeants politiques, de droite ou socio-libéraux, bourgeois ou bureaucrates ou les deux, qui ont dominé ou approché les hautes sphères républicaines ces quarante dernières années, n’a osé reconnaître catégoriquement que, de pouvoir, il n’y en a plus. Le pouvoir politique, l’application d’une construction intellectuelle à la vie réelle des gens, n’est plus rien aujourd’hui, il n’existe plus : seul le grand capital dicte ses ordres. Et basta ! Et tout le monde suit, content ou pas content, copain ou pas encore tout à fait copain. On peut encore choisir la musique, mais on marche au pas cadencé pareil. A la rigueur en Vélib’. Seules les puissances financières ont les moyens d’agir et l’autorité. Il n’est pas jusqu’à l’eau qu’on boit, ou que l’on ne peut plus boire, jusqu’à l’air qu’on respire, jusqu’au temps qu’il fait,  jusqu’au recrutement de la moitié des élus d’une assemblée nationale au service vrp d’un marchand de semences pathogènes, jusqu’à la disparition des hôpitaux, des sciences humaines à l’université, jusqu’aux carrières des vedettes américaines du « socialisme » bourgeois, jusqu’aux demis mensonges des plus raides bureaucraties syndicales, jusqu’aux racines pourries de la constitution européenne imposée contre le suffrage universel, jusqu’à la « privatisation » qui prospère maintenant même sur les catastrophes humanitaires, ouragan américain ou tsunami, ravages de la guerre et reconstruction, famines sans cause naturelle mais rentables, jusqu’à la savante manipulation d’état du terrorisme international et de l’islamisme contre-révolutionnaire faux-ennemis-vrais-complices et justifications idéales de l’actuelle troisième guerre mondiale télévisuelle, ni même jusqu’à la genèse du nazisme, qui ne témoignent de cet empire, qui empire, empire, et empirera, jusqu’à l’anéantissement. Et à cela, les marionnettes des guignols n’y peuvent réellement rien, sinon tirer leur petite épingle du jeu tant qu’on leur en laisse encore le temps, et après elles le déluge. Seules les puissances financières ont les moyens d’agir et l’autorité. Droite décomplexée, socialisme réformateur, président machin ou truc, gouvernements x, y ou z, ou ax2+bx+c, bureaucraties de partis, syndicats tampons-vaseline, république nationale, Europe élargie, Russie libéralisée, Chine émergeante, Amérique en guerre pour les affaires et le statu quo intérieur, FMI, ONU, tout le barnum, marchez droit, passez la monnaie, et ramassez les miettes… Seules les puissances financières qui tiennent tout ce beau monde par les cheveux ont les moyens d’agir et l’autorité. Et elles ont, elles, au contraire de leurs factotums contents ou pas contents mais payés pour que le spectacle continue, tout intérêt à rester dans le secret et passer inaperçues. Ou seulement entraperçues d’une manière discontinue, ce qui suffit à camoufler leur autorité absolue et sans aucun partage dans les mille-et-un reflets du défilement ininterrompu des informations tronquées et contradictoires*. Il n’y a pas un pouvoir politique froid et calculateur caché derrière le mirage médiatique, il y a l’absence de pouvoir politique, dans son vaste hologramme. C’est cela qu’il y a derrière tous ces matches amicaux de pingpong télévisuel - droite-gauche-droite-gauche-droite-droite !... - derrière les grands rendez-vous électoraux, derrière la sempiternelle « alternance ». L’illusion aveuglante du politique. Et le petit président gesticule en tous sens et brasse beaucoup d’air en rappelant hargneusement les vertus du travail à cinq millions de chômeurs hébétés. Il n’est certes pas en mesure d’afficher l’arrogant jemenfoutisme d’un Berlusconi avec le même aplomb, car il n’est lui pas personnellement propriétaire de l’économie, donc du pouvoir, mais il confesse off espérer parvenir dans le milieu des affaires après son stage de formation démocratique. Quant à « l ’opposition », dire que le clivage gauche-droite est dépassé n’est presque plus faux, mais de quelle gauche parle-t-on ? De celle qui est sur le marché. Pas d’une force anticapitaliste. Seules les puissances financières, LE GRAND CAPITAL, ont les moyens d’agir et l’autorité, et ils ne se les laisseront pas disputer par les mesurettes régulatrices conçues par les hommes de bonne volonté libéral-socialistes, dans la semi-inconscience de LA VIOLENCE HAUTEMENT CRIMINELLE ET LA BRUTALITE ABSOLUE subies chaque jour un peu plus fort partout dans le monde et ici par les laissés-pour-compte du système, qui ne reviendra jamais en arrière. « Le spectacle est le capital parvenu à un tel degré d’accumulation, qu’il devient image. » Une image de politique par exemple. Et tout le petit monde qui fait carrière à tous les niveaux du grand souk a pour se maintenir un intérêt commun : que l’illusion d’un pouvoir politique ne cesse pas. Qu’on ne pige pas qu’ils ne sont même pas principalement malhonnêtes, mais impuissants absolument. Tous. Et qu’ils le savent. Sarkozy le premier. Nous ne parlerons donc plus de lui, ni d'eux. Mais de qui alors ?

Le seul pouvoir politique existant, face au capital, c’est le grand absent du spectacle : c’est le pouvoir dont pourrait s’emparer le peuple travailleur. Carrément. C’est tellement simple que c’en est scandaleux. Inacceptable de flagrance. C’est le secret de famille. Le complexe refoulé. Le cadavre dans le placard. L’unique perspective d’avenir imaginable au delà de la prochaine catastrophe écologique annoncée et des cinquante années à venir. C’est la prise de contrôle directe de ce qui est là par ceux qui y vivent. Le court-circuit magistral, mortellement craint par les propriétaires du monde, qui s’ingénient efficacement à en faire passer la possibilité pour la plus fumeuse aberration, par des moyens d’autant plus grands qu’il serait inévitablement suivi d’une prise de conscience mondiale. C’est l’appropriation radicale par le peuple des moyens de production. C’est la prise en mains par le peuple des moyens de sa propre vie. C’est l’organisation spontanée des êtres humains entre eux dans leur environnement immédiat et la communauté de leur intérêt réel. C’est la rupture de l’appropriation capitaliste du vivant par l’organisation des conseils populaires sans bureaucratie sur tous les lieux de production et d’activité publique coordonnées par des délégués provisoires élus et immédiatement révocables par la libre assemblée réunie dans un esprit d’humanisme absolu**. Construisons le parti anticapitaliste hyperdémocratique et antibureaucratique qui permettra à cette vérité de se propager, d’être discutée, pensée et repensée, et mise en oeuvre. Construisons le parti de la conscience. Pour que les choses sérieuses recommencent. C’est ce qu’on appelle FAIRE LA REVOLUTION. C’est le sens de l’Histoire, qui n’attend que nous. Passons au travers du mirage. Vive la Révolution.

(*) Et déjà les experts en toc révèlent à 20 heures que rien ne saurait plus sauver le bon peuple du marasme. La flambée illimitée des prix est préparée, annoncée, prédigérée, et les bénéfices escomptés sont déjà réinvestis, tandis que la colère des peuples, dont la traduction en émeutes massives est aussi annoncée et constatée ici et là, est déjà détournée de son objet réel dans le spectacle, grâce à la publicité faite sur la « cause naturelle » de l’étranglement pétrolier devenue en quelques semaines, également naturellement, l’ennemi public numéro un, la cause de tous nos maux et la formule magique de toutes les prestidigitations futures. Après avoir déploré - Fatalitas !- l’échec des sincères efforts des acteurs de l’économie, non bien sûr pour dénoncer quelque abus, mais pour tout foutre sur le dos de Dame Nature jugée insuffisamment généreuse de ses ressources, on passe plutôt rapidement sur les bénéfices records enregistrés par les compagnies pétrolières privées et la spéculation financière sur tout y compris les denrées alimentaires de base : en somme, on ne fait pas raisonnablement la révolution contre un fossile en voie de disparition, pas plus qu’un peuple affamé n’ira piller des récoltes de céréales génétiquement impropres à toute autre utilisation que la production de carburant. Ce qui ne nous préserve en rien des catastrophes boursières subodorées parallèlement, résultat mécanique de la spéculation sur l’argent fictif, ni du pressentiment d’une crise sans précédent et plurifactorielle, économique, écologique, sociale, voire révolutionnaire, qui motive d’ores et déjà l’accélération vertigineuse de la course aux profits exponentiels dans un emballement de Fin du Monde capitaliste.

 (**) La présence ici de la « variable humaine » introduit le grain de sable dans la spéculation théorique. Puisqu’il serait illusoire de penser qu’une transformation positive importante de la société pourrait se passer d’une évolution sensible des mentalités, le projet révolutionnaire doit définir sur quelle orientation de cette évolution il est prêt à parier. Nous choisissons de parler d’Humanisme Absolu pour signifier que cet espoir est délibérément sans limites. La réussite de la Révolution et d’une société révolutionnaire, comme celle de la création d’un parti révolutionnaire, est avant tout l’affaire des femmes et des hommes qui les vivent, et c’est à l’aune de leur effort vers un humanisme absolu que toute réalisation de la théorie révolutionnaire sera réellement bienfaitrice de l’Humanité.

 

renaud,

partisan du Comité pour un Parti Anticapitaliste Révolutionnaire de Paris 18ème

 

 

 

 

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