Ce qu'est le NPA pour les intellectuels de la LCR.

Chers camarades,

dans l'optique de notre effort militant, l'utilité d'un travail d'auto-formation n'est pas négligeable. Voici pour y contribuer des articles écrits par des intellos de la LCR, permettant de préciser ce que représente le NPA pour ceux qui ont initié sa création. Si le premier traite d'une question particulière, la réunion de courants militants divers au sein du NPA dans le contexte de la lutte révolutionnaire, et notamment le rôle que se proposent d'y jouer les partisans de la IVème Internationale, on verra dans le second la situation du nouveau parti face au jeu actuel des forces politiques.

 

Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et front unique

lundi 9 juin 2008, par SABADO François

Les articles de la dernière livraison de la revue Que faire ? présentent à de multiples reprises le nouveau parti anti capitaliste (NPA) comme un cadre de front unique. Cette approche pose problème, car si la politique de front unique est une des dimensions du combat politique et de la construction du parti, définir le parti comme un front unique, peut entrainer une série de confusions.

Parti et classe*

Historiquement, il y a eu cette « confusion » au sein de la Ie internationale, où les courants politiques, sectes, syndicats, bourse du travail, associations diverses coexistaient dans un seul mouvement. Cette phase de rassemblement correspondait aux premiers balbutiements de la structuration et de l’organisation du mouvement ouvrier. Depuis, le mouvement ouvrier s’est structuré en divers courants syndicaux, associatifs, politiques. Ces courants correspondent à des expériences distinctes, des différences et inégalités, de combativité de conscience. La classe ouvrière au sens large n’est pas homogène, elle est hétérogène en fonction justement de tous les facteurs indiqués précédemment. C’est ce qui fonde la nécessité du pluralisme politique au sein du mouvement ouvrier et plus généralement dans la société. Dans ces processus se sont, même, constitués des appareils bureaucratiques dont les intérêts se sont dissociés des intérêts du monde du travail mais qui gardent des relations avec les travailleurs-même si dans certaines conjonctures historiques l’évolution de certains formations réformistes les conduisent à distendre voire à rompre leurs relations avec le mouvement ouvrier. C’est le cas aujourd’hui de certaines formations social démocrates qui deviennent des partis sociaux-libéraux, des partis réformistes « sans réformes » ou « contre des réformes ».

Parti révolutionnaire

Tous ces processus conduisent à des différenciations, des fragmentations, des séparations, des divisions, des ruptures qui ont conduit les révolutionnaires ou les « fractions les plus résolues des partis ouvriers » — pour reprendre la formule de Marx — à élaborer une politique pour rassembler, unir, faire converger, toutes les tendances, toutes les organisations, tous les courants. Cette exigence d’unité correspond à un des objectifs stratégiques de tout processus révolutionnaire, processus majoritaire et conscient. Cela implique l’unification du salariat et de ses organisations. C’est la politique de front unique. Elle a une double dimension, tactique - l’unité d’action du mouvement ouvrier tel qu’il est sur la base d’un contenu qui fait progresser sa force et sa conscience - et stratégique, dans le sens où nous essayons de lier nos propositions d’intervention dans la lutte de classes courantes avec des facteurs qui créent les conditions pour que « l’émancipation des travailleurs soit l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » (revendications transitoires, auto-organisation).

Le front unique relève donc d’une politique de mobilisation, une politique de lutte.

C’est effectivement ce que dit Trotsky lorsqu’il explique que :

« De même que le syndicat est la forme élémentaire dans la lutte économique, de même le soviet est la forme la plus élevée du front unique quand arrive pour le prolétariat l’époque de la lutte pour le pouvoir ».

Trotsky envisage même dans des circonstances historiques bien déterminées des « gouvernements ouvriers »- de rupture avec la bourgeoisie - qui couronne la politique de front unique » - en général, dans des situations pré-révolutionnaires ou révolutionnaires.

Mais Trotsky parle du Front Unique, pour le syndicat, le soviet, le gouvernement… mais pas pour le parti !

Front unique

Parler de front unique pour la construction d’un parti est vraiment une innovation.

Alors j’entends, tout de suite, la réponse des camarades, « oui, distinguons front unique et parti dans le cas, d’une construction d’un parti révolutionnaire, mais si nous construisons un parti anticapitaliste… alors nous pouvons parler de front unique… car il y a aura dans ce parti, pas seulement, des révolutionnaires, mais aussi des réformistes, des libertaires et toutes sorte de courants intermédiaires… »

Encore une fois, le front unique, répond aux problèmes que pose l’unification de « tout le mouvement social » - et il ne s’agit pas de dévaloriser une des dimensions tactiques et stratégiques décisives de l’intervention politique, nous pouvons même être confrontés dans une situation révolutionnaire à un front unique révolutionnaire, mais le front unique et la construction d’un parti sont deux choses distinctes. Un parti des travailleurs – anticapitaliste et/ou révolutionnaire – au-delà de ses définitions - est une formation politique délimitée, sur la base d’un programme et d’une stratégie globale de conquête du pouvoir par et pour les travailleurs. Le parti anti capitaliste ou révolutionnaire n’est pas l’expression organique de « toute la classe ». Même s’il doit rechercher à constituer « une nouvelle représentation des travailleurs », à rechercher la convergence d’une série de courants politiques, il ne fera pas, pour autant, disparaître les autres courants ou formes d’organisation du mouvement social ou des organisations « réformistes ou d’origine réformiste » dirigée par des appareils bureaucratiques. Le NPA restera un courant délimité. Mais plus généralement il n’y a pas de continuité linéaire entre le front unique et le parti, comme le « politique » n’est pas la simple continuation du social. Il y a des éléments de continuité mais aussi de discontinuité, de spécificités, liés justement à la lutte politique.

Alors bien sûr, cela ne veut pas dire une « hiérarchisation » que nous avons partagé dans le passé : 1) le parti, 2) le soviet, 3) le syndicat… Les processus de conscience politique sont beaucoup plus fluides. Il n’y a pas de prééminence. Ce qui compte ce sont les initiatives, les expériences, les positions pratiques dans le combat révolutionnaire- Ceux qui font avancer la lutte révolutionnaire et ceux qui font les révolutions-, mais pour créer les meilleures conditions de combat, il faut une organisation, une histoire, un programme, une force qui surmonte les inégalités des cycles de luttes de classes, les hauts mais aussi les bas. Une organisation qui rassemble « la fraction la plus résolue » des travailleurs et de la jeunesse. Un parti coordonné et centralisé pour préparer et intervenir dans des crises politiques et sociales. Un mouvement pluraliste qui assure la démocratie par la libre discussion et l’intégration de toutes les expériences d’intervention et de construction. Pour ces raisons, la construction du parti est aussi un élément clé pour avancer dans la solution des problèmes de direction du mouvement ouvrier et des mouvements sociaux au sens large.

Nouveau parti anticapitaliste

C’est de ce point de vue, qu’il n’est pas correct de considérer le nouveau parti comme un cadre de front unique. Il y a alors une tendance à sous-estimer les délimitations nécessaires, à ne considérer le NPA que comme une alliance ou un cadre unitaire — même d’un type particulier — et donc à sous estimer sa propre construction comme un cadre ou une médiation pour construire les directions révolutionnaires de demain. Il y a le risque si nous considérons le NPA comme un cadre de Front unique de ne lui faire mener que des batailles de front unique. Par exemple, nous ne conditionnons pas l’unité d’action de tout le mouvement ouvrier et social à un accord sur la question gouvernemental ; mais est-ce une raison pour que le NPA ne mène pas voire relativise une bataille sur la question du gouvernement. Non, nous ne le croyons pas. Le NPA fait de la question gouvernementale - refus de la participation à des gouvernements de collaboration de classes - une délimitation de son combat politique. Cela montre, à l’évidence sur cette question… mais nous pouvons aussi en évoquer d’autres, que le NPA n’est pas un cadre de front unique. Ce n’est pas parce que nous voulons le construire comme une confluence d’expériences et de militants que nous devons perdre de vue que ce parti est un des maillons décisifs d’une alternative politique globale et d’une accumulation des cadres luttes de classes et même révolutionnaires pour les crises futures.

Le NPA est un « nouveau parti » qui répond à la « nouvelle époque ». Mais ce n’est pas un parti sans histoire sans programme et sans délimitations. Il a une histoire, une continuité, celle des luttes de classes, le meilleur des traditions socialistes, communistes, libertaires, marxistes-révolutionnaires. Il a un programme et des délimitations stratégiques même si celles ci ne sont pas achevées. Nous ne savons pas quel est le type des révolutions du 21e siècle, les voies et les formes des crises révolutionnaires de demain, mais nous avons une série de références « fortes » ancrées dans l’expérience et l’intervention dans la lutte de classes courantes de ces dernières années. Rappelons-les : un programme de transition anticapitaliste qui lie revendications immédiates et revendications transitoires, une nouvelle distribution des richesses, la remise en cause de la propriété capitaliste, l’appropriation sociale de l’économie, l’unité et l’indépendance de classe, la rupture avec l’économie et les institutions centrales de l’Etat capitaliste, le rejet de toute politique de collaboration de classes, la transformation révolutionnaire de la société…

Délimitation stratégique

Le mot est lâché « révolutionnaire » ! Il y a beaucoup de faux débats et de malentendus sur ce point…

Ce parti de la « transformation révolutionnaire » s’inscrit dans la tradition du courant révolutionnaire en France et dans le monde. Il actualise la référence révolutionnaire dans un monde qui doit reconstruire non seulement le mouvement ouvrier mais inventer les révolutions et le socialisme du 21e siècle.

Révolutionnaire, dans le sens suivant celui qu’Ernest Mandel donne à la perspective révolutionnaire…

« Qu’est-ce qu’une révolution ?

Une révolution, c’est le renversement radical, en peu de temps, des structures économiques et (ou) politiques de pouvoir, par l’action tumultueuse de larges masses. C’est aussi la transformation brusque de la masse du peuple d’objet plus ou moins passif en acteur décisif de la vie politique.

Une révolution éclate lorsque ces masses décident d’en finir avec des conditions d’existence qui leur semblent insupportables. Elle exprime donc toujours une grave crise d’une société donnée. Cette crise plonge ses racines dans une crise des structures de domination. Mais elle traduit aussi une perte de légitimité des gouvernants, une perte de patience, de la part de larges secteurs populaires.

Les révolutions sont, à la longue, inévitables - les véritables locomotives du progrès historique - parce qu’une domination de classe ne peut justement pas être éliminée par voie de réformes. Celles-ci peuvent tout au plus l’adoucir, pas la supprimer. L’esclavage n’a pas été aboli par des réformes. La monarchie absolutiste de l’Ancien Régime n’a pas été abolie par des réformes. Il fallait des révolutions pour les éliminer » [1].

Alors c’est vrai, que cette définition est plus générale que les hypothèses stratégiques voire politico-militaires qui ont structuré les débats des années 70 et qui étaient éclairées par les crises révolutionnaires du 20e siècle. Je ne sous-estime pas ces références et leur caractère opératoire dans des situations pré-révolutionnaires ou révolutionnaires, ni l’indispensable formation de nos cadres sur les enseignements de toutes les expériences révolutionnaires. Mais tous ces débats n’ont-ils pas été surdéterminés par une surestimation du caractère révolutionnaire de ces années 70 ? N’ont-ils pas été, en France, trop surdéterminés par les débats politico-militaires latino-américains et une vision de la situation ou « l’histoire nous mordait la nuque » ? Et n’avons nous pas été tentés dans les années 80-90 à « jeter le bébé avec l’eau du bain », en nous disant : « Il n’ y a plus actualité des hypothèses stratégiques politico-militaires des années 70… donc, il n ‘y a plus de réponses stratégiques ». Alors que même dans ces situations de recul, il y avait une fonctionnalité de réponses stratégiques générales comme celles d’un programme de transition, les questions gouvernementales, les problèmes d’unité et d’indépendance de classe. Construire des partis révolutionnaires sur le long terme implique des « références révolutionnaires » ou des références tactiques et stratégiques générales qui dépassent les seuls moments de crise pré-révolutionnaire ou révolutionnaire…

Les partis anticapitalistes sont « révolutionnaires », dans le sens où ils veulent en finir avec le capitalisme - « le renversement radicales des structures économiques et politiques (donc étatiques) du pouvoir - et construire une société socialiste, et cela passe par des révolutions où ceux d’en bas chassent ceux d’en haut, et « prennent le pouvoir pour changer le monde ».

Alors en quoi, ce nouveau parti doit constituer un changement vis-à-vis de la LCR ?

Ce doit être un parti plus large que la LCR. Un parti qui n’assume pas toute l’histoire du trotskysme et qui a l’ambition de permettre de nouvelles synthèses révolutionnaires. Un parti qui dialogue avec des millions de travailleurs et jeunes. Un parti qui traduit ses références programmatiques fondamentales dans des explications, agitation et formules populaires. De ce point de vue les campagnes d’OB constitue un formidable point d’appui. Un parti qui soit en capacité de mener de larges débats ouverts sur les questions fondamentales qui travaillent la société - la crise du capitalisme, le réchauffement climatique, la bio-éthique etc. Un parti de militants et d’adhérents - il faudra discuter sérieusement un système de cartes - qui permette d’intégrer des milliers de jeunes et de salariés avec leur expérience sociale et politique en préservant leurs liens avec leur milieu d’origine.

Pluralisme

Ainsi, ces partis ne partent pas de définitions historiques ou idéologiques générales. Leur point de départ c’est « une compréhension commune des événements et des tâches » sur les questions clé d’une intervention dans la lutte de classes. Pas une somme de questions tactiques mais des questions politiques clé comme celle d’un programme d’intervention politique, l’unité et de l’indépendance de classe, le refus de gérer l’économie et les institutions centrales de l’Etat capitaliste, l’indépendance vis à vis du PS. Ce n’est donc pas, tout le programme, pas toute l’histoire du mouvement trotskyste mais un socle suffisamment solide pour assurer un caractère « lutte de classe » au nouveau parti. Et dans ce mouvement, il y place et même nécessité d’autres histoires, d’autres références issues des origines les plus diverses.

Il faut donc du pluralisme mais cela n’induit pas mécaniquement que le problème se pose en termes de luttes entre le courant révolutionnaire et de supposés courants réformistes qu’il faudrait combattre. Bien entendu nous ne pouvons écarter l’hypothèse, ou s’affrontent réformistes et révolutionnaires. Mais, il est peu probable avec les délimitations politiques actuelles du NPA que des courants réformistes bureaucratiques adhèrent ou se cristallisent… Dans une première phase historique de construction du parti, le rôle des révolutionnaires est de tout faire pour que le processus de constitution du parti accouche vraiment d’une nouvelle réalité politique. Cela implique que les révolutionnaires évitent de projeter les débats de l’ancienne organisation révolutionnaire dans le nouveau parti. Dés que le NPA aura pris son envol, il y aura bien sur des discussions, des différenciations, des courants. Il y aura peut-être des débats qui recoupent des clivages entre perspective révolutionnaire et réformisme plus ou moins conséquent. Mais même dans ces cas là, le débat ne se fera pas dans une bataille politique opposant un bloc réformiste bureaucratique aux révolutionnaires. Les choses seront plus mêlées en fonction de l’expérience propre du nouveau parti.

Courant international

Posons le problème sous un autre angle, celui du courant ou des courants révolutionnaires. Y aura-t–il un seul courant révolutionnaire ? Là aussi n’y aura-t-il pas mélange, combinaisons… Aussi le rôle des partisans de la IV/SU ou de l’IST n’est pas de considérer leur courant comme la projection d’une tendance ou fraction du NPA mais comme un pôle idéologique qui nourrit la discussion et la formation du nouveau parti… et qui se moule dans les plis de ce nouveau parti… Les courants ou tendances du NPA doivent, si elles existent, se constituer sur des problèmes clés d’intervention pas comme projection des courants révolutionnaires internationaux.

En ce qui concerne les partisans de la IVe Internationale, nous avons proposé dans une première phase de construction du parti, que le NPA sans être section française de la IV maintienne les liens que la LCR avait avec la IV. Nous ferons le point dans les deux ou trois années qui viennent. Mais si le NPA constitue une nouvelle réalité politique, nous proposerons la constitution dans le NPA d’un courant rassemblant les partisans de la IV. Non pas une tendance ou une fraction, mais un réseau des partisans de la IV qui intervienne dans le débat politique et idéologique, contribue à former les membres et responsables du nouveau parti dans la continuité du courant marxiste-révolutionnaire, et surtout continue à insuffler un état d’esprit internationaliste au nouveau parti. Enfin dans une dialectique entre nouveau parti et nouveau rassemblement international, les partisans de la IV continueront à construire leur courant international, ce qui suppose des efforts politiques, organisationnels, financiers, dans la perspective d’un nouveau rassemblement international, d’une nouvelle international

 

 

 

Un basculement irréversible

mercredi 16 avril 2008, par MENO Charles

Les résultats du second tour des municipales ont confirmé, même si c’est à une petite échelle, la percée électorale des listes présentées ou soutenues par la LCR. Ce succès prend tout son sens au regard d’une situation marquée par une grande confusion, avec une défaite électorale sans appel de la droite, une victoire par défaut des partis d’une gauche institutionnelle qui continuent d’évoluer à droite et une abstention record atteignant plus de 50 % dans nombre de quartiers populaires. 
A peine 9 mois après l’élection de Sarkozy, après la chute sans précédent de sa cote de popularité, c’est clairement sa politique qui a été désavouée sur le terrain électoral. 
Mais plus profondément, alors que la crise du capitalisme mondialisé s’approfondit, ces élections reflètent une situation politique et sociale nouvelle, marquée par une crise des partis institutionnels et des évolutions en profondeur des consciences, dont les scores de la LCR sont une des expressions, et qui marque un basculement irréversible dont il nous faut tenter de saisir l’importance et les conséquences.

Sarkozy face à sa défaite, la fuite en avant

A l’issue des élections municipales et cantonales, la gauche l’emporte dans 25 villes de plus de 100 000 habitants sur 37, et à travers les Conseils généraux, elle contrôlera désormais 60 des 102 départements. 
C’est une défaite sans appel pour la droite, même si on a pu assister à un festival de déclarations ridicules pour en minimiser la portée, tel François Fillon déclarant : "le vote des Français ne doit pas être instrumentalisé par des considérations partisanes". 
L’importance de la défaite fait grincer des dents au sein même de la droite, tellement les vaincus ont conscience d’avoir été entraînés dans la chute de popularité de Sarkozy. Après avoir promis tout et son contraire, avoir dit que ce n’étaient que des élections locales, puis qu’il tiendrait compte des résultats, Sarkozy distribue à travers un mini remaniement ministériel quelques bons points ou lots de consolation et annonce qu’il faut poursuivre les réformes, "J’ai été élu pour conduire cette politique et c’est celle que je mènerai"… 
Cette arrogance ne relève pas d’un autisme maladif mais bien d’une fuite en avant imposée par les contradictions de la situation sociale et politique. 
Pour Sarkozy, "Ce n’est pas une question d’idéologie. Ce n’est pas une question de politique. Ce n’est même pas une question de gauche et de droite, c’est une question de bon sens". "De bon sens", en clair : la défense des intérêts des classes dirigeantes. 
Sarkozy prétendait se soucier des préoccupations des classes populaires, être le candidat du "pouvoir d’achat" alors que toute sa politique est au service des privilégiés. Cela apparaît de plus en plus clairement aux yeux du plus grand nombre, y compris de ceux qui ont pu se laisser abuser par ses promesses démagogiques de la campagne présidentielle. 
La prétendue force de Sarkozy n’était qu’un jeu de dupes qui reposait avant tout sur l’absence d’opposition des partis de la gauche institutionnelle comme des confédérations syndicales. Sarkozy n’apparaissait fort que du fait de la faiblesse de la gauche qui lui laissait le champ libre pour sa démagogie d’ouverture. 
Après la défaite électorale de la droite, cette politique d’ouverture est finie, alors que le déclin du Front national ouvre à la droite populiste un large espace pour sa démagogie réactionnaire. Cette évolution à droite du pouvoir prépare de nouveaux affrontements au moment où la gauche enracinée dans ses positions locales et régionales voudrait ouvrir une nouvelle cohabitation. 
Mais l’époque de la cohabitation est finie.

Une victoire électorale qui prend le PS à contre-pied…

La gauche doit plus sa victoire au désaveu que les électeurs ont voulu signifier à la droite qu’à sa propre politique. Le PS a bénéficié de la sanction infligée par les électeurs à la droite bien plus qu’il n’y a réellement contribué, tellement il a mené une campagne timorée, tournée vers le centre droit, et qui ne voulait surtout pas exprimer la révolte et les exigences des classes populaires. 
"Il faut que le gouvernement change sa politique" a déclaré Ségolène Royal, mais les quelques exemples mis en avant montrent bien à quel point le PS ne veut absolument pas s’appuyer sur sa victoire électorale pour affronter une politique dont il partage, sur le fond, nombre des objectifs. Ainsi, sur le pouvoir d’achat, qui est l’un des problèmes centraux pour des millions de salariés et de précaires, Hollande n’a demandé que d’avancer la date du coup de pouce au SMIC ! 
Cette absence de combativité au lendemain de ce qui est présenté comme une victoire de la gauche est à l’image de ce qu’a été la campagne de ces partis. 
Si, à quelques rares exceptions, le PS, le PC comme les Verts ont refusé au second tour la possibilité d’une fusion de listes avec celles d’extrême gauche, ils ont par contre cherché, partout où cela était possible selon les situations locales, à faire des alliances avec le Modem de Bayrou. 
La politique du PS s’inscrit dans une logique de bipartisme qui écarte l’extrême gauche et aussi le PC, pour viser à la formation d’un grand parti de centre gauche avec, comme seul horizon déjà annoncé, la préparation des prochaines élections présidentielles de 2012. 
L’évolution du PS vers la droite, sa totale conversion au social-libéralisme, se traduisent par la rupture des derniers liens qui le rattachaient à la politique d’union de la gauche, même s’il n’a pas dédaigné récupérer tout ce que pouvait encore lui rapporter électoralement le soutien du PCF. 
D’où la situation du PC qui, pendant la campagne, s’est fait le champion d’une nouvelle union de toute la gauche, apportant partout où il l’a pu son soutien zélé sans pour autant être payé en retour, puisque le PS n’a pas hésité à maintenir des listes face à des candidatures du Parti communiste quand il avait l’espoir de l’emporter. Si les élus du PC sauvent l’essentiel de leurs positions, le parti lui-même est très affaibli tellement ses propres contradictions sont tendues à l’extrême. Plus que jamais, il est incapable de formuler une autre perspective politique que celle de s’aligner sur le PS, dans le seul but de sauvegarder le maximum d’élus quitte à, comme cela a été le cas à Aubagne, s’allier avec le Modem. La crise qui traverse le PCF, parce que nombre de ses militants sont en désaccords avec cette orientation, ne peut que s’accentuer face à cette totale dépendance vis-à-vis du parti socialiste, qui le déporte encore plus à droite.

Abstention, crise des institutions et instabilité politique

La progression de l’abstention, qui atteint des niveaux record, montre que la crise de confiance des partis institutionnels est loin d’être surmontée. 
La défaite de la droite ne s’est pas accompagnée d’un renforcement de la confiance des classes populaires dans les partis de gauche. Et ce n’est pas l’évolution à droite du PS lorgnant vers le Modem, ni du PCF s’alignant sur lui, qui pourrait redonner confiance. 
Bien au contraire, à travers la crise de la représentation politique, c’est une crise de confiance dans les institutions elles-mêmes qui s’exprime et qui repose sur une profonde révolte face au développement des inégalités sociales, et un manque total de confiance dans la volonté des partis gouvernementaux de lutter contre. Ce discrédit des institutions et des partis qui ne se situent que sur ce terrain, est porteur d’une instabilité politique qui ne peut qu’entraîner une période de tensions, de politisations à travers lesquelles les classes populaires peuvent être emmenées de plus en plus à intervenir directement pour faire entendre leur colère et faire valoir leurs droits. 
Et cela d’autant plus que ce discrédit de la classe politique ne s’est pas exprimé par une montée de d’un populisme d’extrême droite. 
Ainsi, alors que l’ensemble des partis institutionnels évolue à droite, la rupture ne fait que s’accentuer avec la population qui subit directement les conséquences de l’offensive libérale, et cela dans un contexte économique qui ne peut qu’exacerber les tensions.

Un basculement de la situation économique qui réduit la marge de manœuvre du gouvernement

La crise économique, partie de la faillite du système des crédits immobiliers aux Etats-Unis, n’en finit pas de se développer depuis l’été dernier et menace la stabilité de tout le système financier mondial. 
Quelle que soit l’issue de cette crise, elle ruine l’espoir d’une reprise de la croissance sur laquelle misait le gouvernement, diminuant encore plus ses marges de manœuvres. 
Le gouvernement et le MEDEF sont pris dans une contradiction entre la pression du capitalisme mondialisé qui s’enfonce toujours plus dans une crise qui engendre surprofit, spéculation, instabilité et régression sociale, et les exigences des classes populaires qui se sont traduites par les luttes des cheminots et de la jeunesse et se poursuivent à travers la multiplication des conflits locaux, notamment sur la question des salaires. 
Cela ne peut que les pousser à accélérer les réformes prévues, les remises en cause du droit du travail, et entraîner une régression sociale encore plus grande. Cette accentuation des attaques, au moment où le mécontentement et la révolte s’expriment et où la rupture avec bien des illusions est en train d’aller jusqu’au bout, ne peut que contribuer à approfondir les politisations en cours, préparer les conditions de l’émergence d’une nouvelle conscience de classe anticapitaliste.

Rassembler le monde du travail

Cette nouvelle conscience ne pourra se former qu’à partir de la rupture avec les vieux partis issus de l’histoire du mouvement ouvrier. 
Et c’est là que les scores réalisés par les listes présentées et soutenues par la LCR prennent toute leur signification et leur importance. Ils expriment des évolutions en profondeur des consciences et peuvent être en même temps un facteur d’amplification de ces évolutions. 
Nos résultats confirment qu’il existe un courant, bien plus large que ce que représente la LCR, qui se retrouve dans la perspective d’une politique de regroupement de toutes celles et ceux qui refusent de se plier à la logique des marchés et qui veulent imposer sur le terrain des luttes une autre répartition des richesses. 
Nos listes unitaires mais indépendantes ont su faire émerger cette perspective claire au milieu de la confusion née de l’évolution à droite des partis institutionnels de droite comme de gauche. 
La question de l’émergence d’une nouvelle force politique est posée à tous, largement, publiquement. 
Le virage politique qui a été imposé aux militants et sympathisants de LO au lendemain de son congrès et qui a abouti à leur présence sur des listes municipales des partis de gauche est un échec qu’elle a payé électoralement car il est complètement à contretemps des évolutions en cours. En menant une politique unitaire de regroupement tout en gardant notre entière indépendance vis-à-vis de la gauche, nos listes ont obtenu de meilleurs scores électoraux et même plus d’élus que LO. 
Car la possibilité et la nécessité d’un nouveau parti sont au cœur même de la situation sociale et politique face aux attaques du gouvernement, à la faillite des partis de la gauche gouvernementale et des directions syndicales, et à la montée du mécontentement. 
C’est autour d’un programme de lutte reposant sur le plan d’urgence sociale et démocratique qu’Olivier Besancenot a défendu pendant les élections présidentielles et que les listes unitaires soutenues par la LCR ont développé localement, qu’un tel regroupement pourra se faire. 
Sur la base d’une telle perspective politique, il s’agit de créer le cadre d’un regroupement qui permette à chacun de devenir un acteur de la construction de ce parti nécessaire au monde du travail. C’est par la discussion collective, démocratique, que nous pourrons réussir à intégrer toutes les expériences qui convergent autour de cet axe à travers les élections comme à travers les mobilisations. 
Des générations différentes, avec des histoires différentes, se retrouvent. Certains sont des militants venus des réseaux syndicaux, associatifs, ou des militants politiques en rupture avec les partis de gauche, d’autres s’éveillent aujourd’hui à la politique sur la base de la révolte et de la volonté de lutter contre les conséquences des attaques du gouvernement Sarkozy. C’est seulement à travers des liens démocratiques, profondément respectueux des histoires de chacun, des rythmes d’évolution des uns et des autres, que l’ensemble de ces volontés individuelles pourra se fédérer et se transformer en une force politique cohérente, en un réseau militant dans les quartiers et les entreprises unis par un même programme de lutte. 
Un tel réseau apprendra à porter la contestation partout, à utiliser les rapports de force, à faire de la politique du point de vue de nos propres intérêts, de notre propre classe, à travers un projet politique cohérent. Par cette construction collective, ce réseau se transformera en un parti anticapitaliste, capable de porter dès aujourd’hui sans la moindre réserve les exigences sociales et démocratiques du monde du travail, posant la question du pouvoir, de la transformation révolutionnaire de la société. 
Oui, il y a un basculement irréversible de la situation sociale et politique, mais il n’y a aucune automaticité pour que le monde du travail soit à même de devenir dans les années qui viennent la force dominante capable d’influer sur le cours de l’histoire dans le sens du progrès et de la démocratie. 
Ce basculement ne laisse pas d’alternative, de troisième voie, face à la lutte acharnée qui oppose les forces réactionnaires au service des classes dominantes et celles du progrès et de la démocratie au service de la classe ouvrière. 
De notre capacité à comprendre, saisir, porter cet antagonisme dans l’arène sociale et politique dépend la suite.

 

Textes tirés de la Bibliothèque Numérique

LA BRECHE