L'Humanité - Société - Article paru le 28 juillet 2008
société
Intimidation policière contre des défenseurs de sans-papiers
Répression . Une manifestation samedi devant le centre de rétention du
Mesnil-Amelot n'a pas eu lieu : 18 militants, dont les organisateurs,
ont été interpellés avant même de pouvoir s'y rendre.
Samedi, porte de La Chapelle (Paris 18e). Dix-huit militants sont
interpellés vers 15 h 30 pour « contrôle d'identité » alors qu'ils
attendaient à ce point de rendez-vous, avant de se rendre à une
manifestation devant le centre de rétention administratif (CRA) du
Mesnil-Amelot. Emmenés au commissariat de Clignancourt, ils seront
libérés à 18 h 30. La manifestation au CRA était autorisée par la
préfecture de Seine-et-Marne de 16 heures à… 19 heures. Elle n'a donc
pas eu lieu.
Dix fourgons de police et un bus
Pour faciliter le transport vers le CRA du Mesnil-Amelot, très isolé,
l'association SôS-Soutien aux sans-papiers, organisatrice de la
manifestation, avait donné rendez-vous à la porte de La Chapelle une
demi-heure avant l'heure de départ. À ce moment, une vingtaine de
militants sont présents, « accompagnés » de policiers en civil.
Soudain, une dizaine de fourgons de police, suivis d'un bus, arrivent
de tous les côtés, encerclant les militants qui patientaient auprès de
leurs véhicules. Dix personnes sont immédiatement interpellées.
D'autres s'éloignent un peu sur le trottoir. Les voitures sont
perquisitionnées de fond en comble. Les militants fouillés au corps,
avant d'être embarqués dans le bus. À commencer par Rodolphe Nettier,
président de SôS-Soutien aux sans-papiers. Seule explication donnée
sur place : « opération de police ».
Vient le tour des militants qui observaient la scène d'un peu plus
loin : huit nouveaux interpellés. Parmi eux, Henri Braun, avocat de
l'association et membre du comité central de la Ligue des droits de
l'homme (LDH). « C'était parfaitement illégal », nous confie-t-il, en
précisant : « Soit il y a un trouble à l'ordre public caractérisé, ce
qui n'était évidemment pas le cas. Soit c'est un contrôle d'identité,
mais, ici, tout le monde avait ses papiers, sauf Rodolphe. Nous
n'aurions donc pas dû être arrêtés. » La police en profite d'ailleurs
pour contrôler et fouiller trois jeunes Noirs assis près de la bouche
de métro. Les fouilles corporelles sont, elles aussi, jugées illégales
par Henri Braun. « Ils ont fouillé nos poches, ce qui s'assimile à une
perquisition. Sans autorisation. » Au commissariat, la pression
continue : « On nous a fait retirer nos lacets comme si on allait être
mis en garde à vue, raconte Rodolphe Nettier. Mais nous ne nous sommes
pas laissé impressionner. » Devant le commissariat, une trentaine de
personnes réclamaient la libération de leurs camarades. Une libération
qui aura lieu une demi-heure avant l'expiration de l'autorisation de
manifester.
atteinte à la liberté d'expression
Comme l'explique Henri Braun, le motif de vérification d'identité est
évidemment aberrant dans ces conditions. « C'est une façon d'interdire
la manifestation sans le dire. Il y a une atteinte évidente à la
liberté d'expression. » Pour l'avocat, ce durcissement de la
répression est tout à fait lié avec celui qui s'exerce contre les
sans-papiers. Il n'hésite pas à lâcher le mot de « politique raciste »
: « On traque les sans-papiers car on ne veut pas de leurs traces dans
le visage de la France de demain. Du coup, tous ceux qui sont en
contact avec des sans-papiers voient leurs libertés restreintes. »
Le bilan pour SôS-Soutien aux sans-papiers n'est finalement pas si
négatif : « En voulant nous empêcher d'accéder aux centres de
rétention, ils nous offrent un objectif », déclare Rodolphe Nettier.
Samedi prochain, ils appellent donc de nouveau à manifester au
Mesnil-Amelot. « On ne se laissera pas intimider », conclut-il.
Christophe Payet